Du Manic à l'Impact

| 6 Commentaires

À l'aube du tout premier match de l'histoire de l'Impact en MLS, un petit cours d'histoire 101 est de mise pour se souvenir du plus grand club se soccer montréalais à précéder l'Impact, le Manic. Il y a plus de 30 ans, lors d'un match des séries, le 2 septembre 1981, le Manic avait défait le Sting de Chicago 4-2 devant 58 542 spectateurs au Stade olympique.

Le Manic évoluait alors dans la North American Soccer League, une ligue gérée par des hommes d'affaires britanniques. Malheureusement, seulement trois ans après l'arrivée de Montréal dans le circuit, la NASL a fermé ses portes.

Le président de l'équipe, à l'époque, était Roger Samson. Et même si le succès du club montréalais était indéniable, c'était clair pour lui que le circuit ne s'en allait pas dans la bonne direction.

« Nous (le Manic) tentions de convaincre les dirigeants de circuit de faire plus de place aux joueurs nord-américains, mais eux ne croyaient pas que le niveau de jeu serait suffisamment bon. Même si les partisans venaient nous encourager, je savais qu'il était difficile pour eux de s'identifier aux joueurs et qu'en fin de compte ça mènerait à un certain désintéressement. Les joueurs changeaient trop souvent d'adresse, c'était difficile à suivre. »

RÉSUMÉ DES COMMENTAIRES DE ROGER SAMSON.mp3

Claude Vaillancourt était le responsable des relations médiatique à l'époque et se souvient que la machine de relation publique Cossette, qui s'occupait de l'image du Canaiden et du Manic à l'époque avait fait un travail colossal pour faire de l'arrivée du Manic un véritable succès.

« Je me souviens qu'il avait fait monter un panneau publicitaire en 3D sur le boulevard métropolitain. C'était un immense ballon gonflable illustrant le Stade olympique et un joueur de soccer avec un ballon. Tu ne pouvais pas le rater. Cossette voulait que les gens réalisent que le soccer professionnel était arrivé à Montréal. »

RÉSUMÉ DES COMMENTAIRES DE PAUL VAILLANCOURT.mp3

Manic Guide Média.JPGGordon Hill.JPG

Les joueurs les plus populaires de l'équipe étaient Gordon Hill et Tony Tower, mais le seul joueur qui parlait français était Carmine Marcantonio. Né en Italie, Marcantonio était le fils de deux immigrants qui se sont installés dans la région de Toronto. Il avait appris le français à l'école et en avait profité pour le peaufiner une fois rendu à Montréal.

« Je me souviens que j'étais très sollicité par les médias parce que j'étais le seul qui parlait français, se souvient Marcantonio. La ligue a tenté de faire les choses trop rapidement. Il n'y avait pas de clubs-écoles ou de structures. Aujourd'hui, c'est différent. La MLS a construit sa ligue sur des bases solides. »

Francis Millien travaillait comme analyste à la radio du Manic à CJMS et à la télévision de TVSQ et avoue que la fermeture de la ligue a été une surprise.

« En regardant les foules qu'il y avait à Montréal, c'était difficile de prévoir que cette ligue allait fermer ses portes aussi rapidement. On ne réalisait pas à ce moment la faiblesse de la NASL, mais c'est certain qu'en voyant aller la MLS aujourd'hui je suis convaincu par 1000 fois de la stabilité de ce circuit par rapport à l'ancienne NASL. »

RÉSUMÉ DES COMMENTAIRES DE FRANCIS MILLIEN.mp3

Voici un tableau illustrant le nombre d'équipes composant la NASL lors de son existence, selon le site Wikipedia.

North American Soccer League: Progression

Année / Nombre d'équipes / Matchs joués par saison

1968 / 17 équipes / 32 matchs
1969 / 5 équipes / 16 matchs
1970 / 6 équipes / 24 matchs
1971 / 8 équipes / 24 matchs
1972 / 8 équipes / 14 matchs
1973 / 9 équipes / 19 matchs
1974 / 15 équipes / 20 matchs
1975 / 20 équipes / 22 matchs
1976 / 20 équipes / 22 matchs
1977 / 18 équipes / 26 matchs
1978 / 24 équipes / 30 matchs
1979 / 24 équipes / 30 matchs
1980 / 24 équipes / 30 matchs
1981 / 21 équipes / 32 matchs
1982 / 14 équipes / 30 matchs
1983 / 12 équipes / 30 matchs
1984 / 9 équipes / 24 matchs

Lors des trois années d'existence du Manic, la moyenne des foules ressemblait à ceci :

1981 : 23 704

1982 : 21 348

1983 : 9 910

Selon Samson, la diminution des foules au stade olympique n'avait rien à voir avec l'intérêt des partisans pour le soccer ou pour l'équipe, mais tout à voir avec l'instabilité du circuit.

« Vers la fin, les partisans étaient moins intéressés. Non pas parce que le club n'était pas performant, mais parce que les gens avaient de la difficulté à prendre la ligue au sérieux. »

En effet, lors des trois saisons disputées par le Manic, le nombre d'équipe dans le circuit est passé de 21 à 14 à 12.

« Je crois que ça fonctionnait ici parce que les gens connaissaient la famille Molson et c'était un sentiment de sécurité de savoir qu'ils étaient les propriétaires. Les gens ne connaissaient que le Manic et non la NASL. Les gens ne savaient pas à quel point cette ligue était menée tout croche. »

Les partisans veulent des vedettes

Selon Vaillancourt, les gens ont commencé à déserter le stade olympique lorsque l'équipe a décidé de miser sur le talent canadien. En 1983, l'organisation présentait sur le terrain une équipe toute canadienne.

« L'objectif était honnête, mais le résultat a été catastrophique. Nous comptions énormément sur les communautés ethniques à l'époque et ceux-ci ne voulaient rien savoir d'une équipe toute canadienne. Les gens voulaient voir des vedettes européennes comme Hill et Tower. Notre fan-club, les Ultras, était composé principalement d'Italiens, de Portugais, d'Espagnols et de Grecques. Ils ne connaissaient pas les joueurs canadiens et n'avaient aucun intérêt pour eux.»

Comme quoi les choses n'ont pas beaucoup changé depuis 30 ans. Joey Saputo pourrait vous en parler longuement. Encore aujourd'hui les partisans réclament des vedettes européennes.

À l'époque, le Manic avait mis la main sur un ancien du Manchester United en Gordon Hill. Il revenait d'une blessure et voulait prouver qu'il était encore capable de jouer.

« J'ai immédiatement senti la passion pour le soccer lorsque je suis arrivé en ville. Les Italiens, les Grecques et les Portugais remplissaient le stade. Mon but c'était de leur faire plaisir. Je voulais leur donner un spectacle. Je les trouvais fabuleux. »

D'ailleurs, lorsque questionné à savoir s'il reviendrait à Montréal voir l'Impact lors d'un match bientôt, Hill ne s'est pas gêné pour dire qu'il poserait sa candidature pour gérer le club si jamais l'équipe se cherche éventuellement un entraîneur-chef.

Mis à part le match contre le Sting de Chicago, le Manic a réussit à quelques autres reprises de remplir le Stade olympique, notamment lorsque le Cosmos de New York était en ville eux qui possédaient des joueurs vedettes comme Pelé, Carlos Alberto, Giorgio Chinaglia et Franz Beckenbauer.

Et même si plusieurs sont portés à faire un lien entre la visite du Cosmos à l'époque et celle du Galaxy de Los Angeles qui se présentera au Stade olympique avec dans ses rangs David Beckham et Landon Donovan, Vaillancourt croit que cette fois-ci ce sera différent.

« Aujourd'hui l'Impact compte sur les communautés ethniques, mais aussi sur une nouvelle base de partisans qui sont des Québécois pure laine. Ceux-ci ne viendront pas nécessairement seulement pour voir des vedettes d'Europe. Je crois que depuis que les Américains ont reçu le tournoi de la coupe du monde, le soccer nord-américain est de meilleure qualité et ça fait une différence.»

Malgré la présence du Canadien, des Alouettes et des Expos, le Manic comptait sur une couverture médiatique intéressante selon le président Roger Samson.

« Ce n'était pas comme le Canadien ou les Expos, mais nous avons compté sur un support extraordinaire de la part de la presse. Les médias ont embarqué à partir du premier jour. Ils nous ont supportés de façon exceptionnelle. »

Pour Marcantonio, jouer pour le Manic à l'époque c'était spécial.

« Lorsqu'on disait qu'on était un joueur du Manic ça voulait dire quelque chose. Je me souviens d'avoir quitté Washington pour me joindre à l'équipe de Montréal et de voir la grosseur des foules à Montréal c'était incroyable. Ma femme et moi avions acheté un condo dans le vieux port sur McGill Collège. On adorait Montréal. J'ai joué pour plusieurs équipes dans ma vie, mais je resterai toujours un Manic dans le fond de mon cœur. C'est là où j'ai passé les plus belles années et où j'ai été le plus appuyé. »

Le fameux match

Justement, Marcantonio était présent pour le fameux match contre le String de Chicago. Il se souvient que l'atmosphère était incroyable.

« Nous perdions 2-0, mais la foule n'a jamais cessé de nous encourager et finalement nous avons entamé la remontée. La foule nous a donné des ailes. C'était un moment inoubliable. »

RÉSUMÉ DES COMMENTAIRES DE CARMINE MARCANTONIO.mp3

Hill lui se souvient d'une fin de match complètement endiablée qu'il n'est pas près d'oublier.

« Je crois avoir marqué ce soir-là, mais je ne suis plus sûr. Les Ultras me criaient qu'ils allaient sauter sur le terrain après le match. Je me suis dit qu'ils avaient l'intention de venir célébrer la victoire avec nous. Mais finalement, une foule monstre s'est ruée sur le terrain et plusieurs d'entre eux se dirigeaient vers moi. Tout à coup, il y en a un qui accroche mon maillot et qui me l'arrache de sur le dos. Je me suis rué vers le fin fond du stade pour accéder au tunnel menant au vestiaire. Il n'y avait pas d'autre façon. C'était complètement fou. Je vais m'en souvenir toute ma vie. »

Une foule record de 58 542 spectateurs avaient assisté à la victoire de 4-2 du Manic. L'Impact tentera ce samedi d'éclipser le record du Manic alors que le Fire de Chicago sera en ville pour le tout premier match de l'histoire de l'équipe en MLS ce samedi. En date de samedi, plus de 45 000 billets avaient trouvé preneur pour ce match historique.

« J'espère qu'on pourra revivre ce samedi ce que nous avions vécu à l'époque, mentionnait Samson. C'était complètement fou dans le Stade olympique lors de ce fameux match contre le Sting. Ce n'est pas un record intouchable, j'espère qu'ils arriveront à le fracasser. »

Toujours selon Samson, déjà en 1981, Montréal était prêt à soutenir du soccer professionnel.

« Les gens répondaient en grand nombre. Les foules le démontraient. Je suis certain que si on avait été en mesure de garder la ligue en santé que ce sport serait établi depuis longtemps à Montréal. Je dois saluer la famille Saputo d'y avoir cru à nouveau.»

Vaillancourt aborde dans le même sens.

« La grosseur des foules nous porte à croire que oui, Montréal était déjà prêt à l'époque pour soutenir une équipe professionnelle. On dit que rien n'arrive pour rien. Maintenant je souhaite la meilleure des chances à Joey Saputo et à l'Impact pour que cette fois-ci soit la bonne. »

Pour l'ancien joueur étoile de l'équipe Gordon Hill, c'est honteux que Montréal se soit passé de soccer de première division pendant si longtemps.

« C'est une disgrâce ce qui est arrivé à la NASL. Chapeau à la famille Saputo qui a maintenu le soccer en vie jusqu'à maintenant. Les 60 000 partisans qui venaient nous encourager ne sont pas tous morts. Ils ont eu des enfants et ceux-ci n'ont pas pu vivre l'expérience du Manic. C'est vraiment dommage. J'ai été très surpris du départ de l'équipe et ça ne doit plus se reproduire. »

Les conseils d'un joueur étoile

À quelques jours du match historique, Hill y va de quelques petits conseils pour l'Impact en cette période transition vers la MLS.

« Je crois réellement au produit de la MLS. C'est une ligue axée sur le développement et je que pour l'Impact il sera primordial de développer des joueurs québécois. Il y a du bon talent au Québec il s'agit de le découvrir et de le développer. Par ailleurs, lors de ce premier match, devant plus de 50,000 spectateurs, il sera capital de présenter un excellent spectacle pour inciter ces mêmes partisans à revenir souvent. Finalement, n'oubliez pas que le soccer est un spectacle. Offrez-leur un bon produit et ils reviendront. »

RÉSUMÉ DES COMMENTAIRES DE GORDON HILL.mp3

Même si Hill avoue qu'il serait triste de voir le vieux record d'assistance de 58 542 spectateurs être battu, il souhaite tout de même que l'Impact y arrive.

6 Commentaires

Excellent article

Que de souvenirs, j'étais présent et je me souviens que J'avais des billets dans les sections les plus hautes du stade. Que le temps passe vite, C'est comme ci c'était encore hier.

Merci encore pour ces beaux souvenirs

Wow , quel beau travail, tres intéressant moi qui avait pas suivi le Manic a cette époque, et super bonne nouvelle pour samedi Filo Francis et J.T au stade et au 98.5 . Allé l'Impact !

Excellent Jeremy!
Montreal a de l'histoire et il faut la diffuser.

Merci, J'apprécie ton travail.

History will be made... ! 58912 spectateurs aujourd'hui !

L'ambiance a ete extraordinaire la mls me fait rever... M.saputo le coup marketing de l'annee serait d'aller en amerique du sud signee Ronaldinho comme joeur designé je garantie que le stade saputo serait trop petit.. J'en reve, j'en reve

Un sapré beau texte que je viens de lire! J'y étais, le 2 septembre 1981 lors de ce grand match de quart de finale Manic-Sting et c'est dommage que les bleus de l'époque ont perdu les 2 matchs dans l'ancien Sox Park par la suite. Mais n'empêche, quand le Sting a battu le Cosmos lors du Soccer Bowl 1981, ça l'a fait un petit velours de savoir qu'on s'est fait éliminer par les éventuels champions!

Dommage que j'ai raté les récents "happenings" de l'Impact au Stade, contre Santos Laguna, AC Milan et samedi dernier contre le Fire, mais d'un autre côté, je préfère mes souvenirs de 81-82 et 83, même si les foules ont déserté le Stade à cause d'une ligue déficiente, et l'idée de voir en 1984 le Manic converti en Team Canada ne plaisait guère aux fans du Manic!

Et que dire de Gordon Hill, le meilleur buteur en 1981 du club! C'en est un de ceux qui m'ont fait découvrir ce merveilleux sport qu'est le soccer! Et l'Impact devrait organiser une réunion de tous ceux qui nous ont représenté fièrement durant ces 3 merveilleuses saisons!