*EXCLUSIF* Problèmes d'arbitrage : Kerry Fraser s'en prend à la LNH

Publié par Jeremy Filosa pour 98,5fm Sports le jeudi 30 septembre 2010 à 16h10. Modifié par Christine Roger le mardi 29 janvier 2013

Exclusif (CKAC Sports) - Kerry Fraser, qui a été arbitre dans la LNH de 1973 à 2010, n'est pas impressionné du tout par les nouveaux règlements implantés par la Ligue nationale dans le but d'éliminer les coups à la tête. Selon Fraser, si la Ligue était vraiment sérieuse, tout coup porté intentionnellement à la tête serait sévèrement puni.

« Nous aurions eu besoin d'un changement dramatique, car les joueurs sont blessés de façon sérieuse et en fin de compte, notre objectif doit demeurer de protéger les joueurs. J'ai vu au cours des années, le respect entre les joueurs tranquillement disparaître sur la glace. Même lors des années '70 où le jeu était plus rude, il y avait du respect. Lorsqu'un joueur était placé dans une position vulnérable, les joueurs choisissaient délibérément de frapper l'adversaire ailleurs qu'à la tête. On se servait de la mise en échec pour séparer le joueur de la rondelle. Bob Gainey était un des meilleurs dans cet aspect du jeu. Aujourd'hui, le but est de séparer la tête du corps de l'adversaire. Plus le temps passe et plus cette notion est devenue acceptée, mais le hockey ce n'est pas ça. Ça n'a aucun sens. Il faut absolument changer la culture du hockey. »

Et la sécurité des joueurs?

Selon Fraser, qui a officiellement pris sa retraite la saison dernière, la ligue aurait dû s'assurer de punir tous les coups à la tête, peu importe la position du joueur adverse.

« Les joueurs d'aujourd'hui sont tellement talentueux, ils ont des réflexes extrêmement aiguisés. Souvent, ils peuvent anticiper le jeu. Il n'y a aucune raison d'accepter qu'un joueur frappe délibérément un adversaire à la tête, peu importe sa position. On dirait que c'est devenu accepté dans le hockey que si un joueur se retrouve dans une position vulnérable, ça nous donne automatiquement un permis pour lui arracher la tête. Ça doit changer! Cette mentalité, elle doit changer et c'est seulement en punissant ce genre de geste qu'on pourra y arriver. Je voudrais, en tant qu'arbitre, pouvoir immédiatement expulser un joueur qui selon moi, a délibérément frappé un adversaire à la tête ou ailleurs dans le but de le blesser, peu importe si la victime avait la tête baissée ou s'il était dans une position vulnérable. Il faut se rappeler que les joueurs ont toujours l'option de frapper un adversaire ailleurs qu'à la tête. Si on punissait ce genre de geste, on éliminerait une énorme zone grise et on commencerait tranquillement à changer la mentalité des joueurs. »

L'ancien arbitre estime que la Ligue n'a pas vraiment l'intention d'éliminer les coups à la tête. Certaines pressions font que, pour l'instant, ce n'est pas une priorité pour la Ligue. Fraser aurait aimé qu'il y ait des sentences plus sévères comme lorsqu'on avait éliminé le problème des bâtons élevés.

« Je ne sais pas si c'est la pression de la télévision ou si simplement on désire garder les grosses mises en échec spectaculaires dans le sport, mais les règles mises en place cette saison ne feront qu'alimenter les discussions. Au lendemain de chaque match où un coup aura été porté à la tête, tout le monde aura son opinion sur la décision de l'arbitre. Était-ce une punition, aurait-il dû être expulsé, était-ce un coup légal? Tout le monde aura son opinion. Pourquoi garder cette porte ouverte? Si la Ligue voulait vraiment éliminer ce problème, on aurait éliminé unilatéralement tout coup porté à la tête en étant plus ferme et plus constant. »

Pour Fraser, la Ligue nationale oublie présentement la chose la plus importante : la protection des joueurs.

« Tous les joueurs de la Ligue nationale doivent sentir que la Ligue tentera toujours de protéger leur santé. Présentement nous avons des joueurs qui voient leur carrière et leur santé être démolies. C'est la responsabilité de la Ligue de défendre ses membres au meilleur de ses capacités.»

Traitements de faveur pour Hossa et Ovechkin

Les joueurs de la Ligue nationale demandent souvent à ce que les arbitres aient de la constance lorsque vient le temps d'imposer des punitions, mais pour Fraser, le problème vient de bien plus haut.

« Comment voulez-vous que nous aillions de la constance sur la glace lorsque dans le bureau du préfet de discipline, il n'y a aucune constance? L'an dernier, nous avons vu Marian Hossa et Alex Ovechkin obtenir des traitements de faveur lorsqu'ils ont, eux aussi, appliqué des coups sournois. Ovechkin, un joueur déjà réprimandé plus d'une fois obtient un traitement de faveur à cause de son statut de vedette. Lorsque j'ai vu le coup porté par Hossa (à Dan Hamhuis) à la télévision, je me suis dit ça n'avait pas de bon sens. Pour moi, c'était une expulsion de match et au moins cinq matchs de suspensio, mais Hossa n'a pas eu de suspension. Comment expliquer que Matt Cooke n'a reçu aucune sentence pour son coup sur Marc Savard et que le joueur suivant ait obtenu cinq matchs? Cooke aurait pu facilement le frapper au corps, mais il choisit de le frapper à la tête. C'est à ne rien y comprendre. Il n'y a aucune constance. Le système ne fonctionne tout simplement pas.»

Fraser se souvient d'un propos émis par le préfet de discipline Colin Campbell qui l'avait fait sursauter.

« C'était quelques jours seulement avant le coup de Matt Cooke sur Marc Savard. Le ministre des Finances, un homme qui a déjà joué au hockey à un haut niveau, ainsi que Ken Dryden, avaient parlé de commencer à changer la culture du hockey. Campbell avait répliqué en disant : "Ne vous mêlez pas de ce qui ne vous regarde pas. On ne vous dit pas comment faire de la politique, ne nous dites pas comment gérer le hockey." Je me suis dit, mais quelle réponse ridicule! Comment peut-il répondre cela alors que nous avons des jeunes qui commettent des gestes épouvantables dans les Ligues mineures et que les joueurs sortent de la patinoire sur des civières? Comme de fait, quelques jours plus tard, on se retrouvait avec l'incident Cooke contre Savard. »

Fraser a aussi été très surpris d'une discussion qu'il a eue avec l'ancien du Canadien Matthieu Schneider avant un match.

« Matthieu est un bon gars. Il était un des joueurs qui étaient impliqués à l'Association des joueurs. Il est venu me demander avant un match si j'appuierais l'abolition des coups portés à la tête. Je lui ai répondu oui. Il m'a dit qu'il en parlerait aux autres arbitres, mais aussi, à l'Association des joueurs. Moins de 30 secondes plus tard, le match débute, la rondelle se retrouve dans la zone défensive. Schneider se dirige vers son adversaire qui fait face à la bande et lui plante un coup juste derrière la tête. Je me suis dit : mais que fait-il? En lui indiquant le banc de punition, je lui ai demandé comment il pouvait porter un tel coup à un adversaire 30 secondes après m'avoir demandé si j'accepterais qu'on abolisse tous les coups portés à la tête. Il a simplement souri en se dirigeant tranquillement vers le cachot. Vous voyez, c'est tellement encré en eux cette culture de violence qu'ils ne le font même plus consciemment. C'est ça que nous devons changer.»

Maintenant à la retraite, Fraser donnera des conférences sur les coups portés à la tête. Il parlera du point de vue d'un officiel. La clinique MAYO lui a demandé de devenir porte-parole pour le prochain sommet sur le hockey. Fraser écrit aussi son autobiographie présentement qui s'intitulera : "Final Call". Le livre sera disponible en librairie cet automne.

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