L'Espagne réussit un triplé inédit
KIEV, Ukraine - L'Espagne a écrasé l'Italie 4-0 en finale de l'Euro 2012, dimanche, continuant donc son règne en tant que meilleure équipe de soccer au monde.
David Silva et Jordi Alba ont marqué en première demie alors que Fernando Torres et Juan Mata, deux joueurs qui ont fait leur entrée dans le match en tant que réservistes, ont mis fin aux espoirs de remontée en touchant la cible en deuxième demie.
Torres, qui a inscrit trois buts en 189 minutes de jeu au cours du tournoi, a d'ailleurs été nommé meilleur buteur de l'événement.
L'Italie a dû se défendre à 10 joueurs à partir de la 64e minute de jeu. L'équipe avait déjà utilisé ses trois changements quand Thiago Motta a dû quitter le match en raison d'une blessure.
«Nous respectons beaucoup l'Italie. Ils ont été d'excellents adversaires, mais nous avons pris le contrôle au fur et à mesure que le match avançait», a noté le sélectionneur espagnol Vicente del Bosque.
L'Espagne a donc remporté un troisième titre majeur d'affilée, après ses victoires à l'Euro 2008 et à la Coupe du monde en 2010. Ce tour du chapeau est un exploit inégalé pour une équipe européenne, tout comme le fait de défendre avec succès son championnat de l'Euro.
Casillas intraitable
L'Italie a eu principalement la possession du ballon en première demie, mais le style de passes rapides de l'Espagne a été efficace dans les moments importants.
«Ce soir, il n'y a pas eu de doute, ils ont été si supérieurs — donc la douleur de la défaite en finale est seulement relative», a reconnu le gardien et capitaine de l'Italie Gianluigi Buffon.
Le capitaine de l'Espagne Iker Casillas a été excellent afin de parer les attaques italiennes devant son filet, et il a ainsi réussi son 10e jeu blanc consécutif en matchs éliminatoires dans ce tournoi.
Son seul but accordé en six matchs de l'Euro 2012 est survenu lors du premier match de la phase préliminaire, un verdict nul de 1-1 contre l'Italie.
Cette victoire a été la plus écrasante de l'histoire de la finale du championnat européen, surpassant même celle de 3-0 de la République fédérale d'Allemagne contre l'Union soviétique en 1972.
Ce fut également la réponse parfaite aux détracteurs de l'Espagne, qui ont allégué que le jeu du champion de la Coupe du monde et de l'Euro était devenu morne.
Selon les détracteurs, leur possession de balle se résume à des passes incessantes dans le champ arrière afin d'empêcher leurs adversaires de l'obtenir et de créer des matchs enlevants, sans nécessairement viser la victoire.
Mais l'Espagne a répliqué en offrant du jeu inspiré lorsque l'enjeu était le plus important, dimanche, en finale de l'Euro 2012.
«Vous pouviez voir dès le début qu'ils étaient plus reposés physiquement», a déclaré le sélectionneur italien Cesare Prandelli, dont l'équipe avait joué en demi-finale jeudi, un jour après l'Espagne.
«Nous n'avons pas eu le temps de récupérer, particulièrement quand vous devez affronter des joueurs de ce calibre. C'était très, très difficile de s'imaginer effacer un retard de 2-0.»
Notes d'avant match
Les deux formations se sont croisées lors de leur premier match dans la compétition il y a trois semaines, se séparant sur un match nul 1-1. Cette fois, pour leur dernier match du tournoi, il faudra un vainqueur.
Championne d'Europe et du monde en titre, l'Espagne réalisera un triplé historique dans l'histoire des grandes compétitions si elle parvient à conserver son trophée continental. Après ses succès de 1964 et 2008, elle égalerait, parallèlement, le record de l'Allemagne, triple vainqueur de l'épreuve.
Au nom de son parcours ces quatre dernières années, l'Espagne peut croire en son destin. Difficile toutefois de jurer que la surprenante formation italienne emmenée par Andrea Pirlo et portée par la réussite de Mario Balotelli n'est pas capable de perturber les projets espagnols.
Depuis le début du tournoi, la Roja navigue à contre-courant des idées reçues. Réputée pour ses qualités offensives, elle se procure assez peu d'occasions de but en dépit d'un taux souvent élevé de possession de balle. Elle présente en revanche la meilleure défense de la compétition avec un seul but encaissé, celui marqué par l'Italie dans le premier match.
L'Italie vit, pour sa part, une évolution très intéressante depuis que Cesare Prandelli la dirige. La Squadra Azzurra a troqué son costume d'équipe très défensive pour offrir une production offensive particulièrement séduisante, bien que mal récompensée. Elle a marqué six buts (contre huit pour l'Espagne), mais a adressé 97 tirs, dont 57 pour cent étaient cadrés.
«On se contente d'essayer de jouer, je pense que c'est notre force», a assuré Prandelli, dont l'équipe a pour objectif d'apporter à l'Italie un second titre européen, soit autant que la France et l'Espagne. «Quand nous avons commencé ce tournoi, nous étions convaincus qu'en travaillant dans une certaine direction, nous pourrions devenir une véritable équipe. Pas seulement une équipe de qualité, mais aussi une équipe avec le bon esprit».
L'Italie comptera sur l'imprévisible Balotelli, déjà auteur de trois buts — dont un doublé décisif en demi-finale face à l'Allemagne (2-1).
«J'attendais ce moment depuis longtemps, spécialement parce que ma mère a tout le temps été là et que je voulais qu'elle soit heureuse», a affirmé Balotelli après le succès sur l'Allemagne. «C'est le plus grand soir de ma vie et j'espère que dimanche ce sera encore mieux», a ajouté l'attaquant de Manchester City qui finira seul en tête du classement des buteurs s'il marque contre l'Espagne.
Les Italiens peuvent aussi tirer un surcroît de confiance d'une statistique encourageante: depuis 1920, l'Espagne n'a jamais battu l'Italie dans un match de compétition sans passer par la séance des tirs au but.
Vicente Del Bosque, l'entraîneur espagnol qui n'a titularisé que 13 joueurs depuis le début de l'Euro, devrait probablement reprendre le même dispositif à six milieux de terrain, mais sans véritable pointe en attaque qu'il avait adopté contre l'Italie le 10 juin.
Dans ce système, Cesc Fabregas est préféré à Fernando Torres ou à tout avant-centre de métier, ce qui prive le jeu espagnol de profondeur mais permet d'assurer une excellente conservation du ballon dans l'entrejeu. Peu spectaculaire, cette tactique réduit la marge de manoeuvre de l'adversaire tout en l'usant physiquement et confère à l'Espagne une force tranquille qui, en général, finit par payer. Surtout quand des renforts offensifs plus remuants comme Jesús Navas ou Pedro Rodriguez entrent en jeu en seconde période.
Del Bosque a admis qu'en demi-finale, le Portugal avait secoué son équipe pendant une heure et poussé ses joueurs «à la limite», avant de perdre la séance des tirs au but.
La fatigue pourrait rattraper les deux formations dans le sprint final. L'Espagne, qui a disputé sa demi-finale mercredi, bénéficie d'un jour de récupération en plus, mais a joué 120 minutes. L'Italie est également passée par la prolongation, puis les tirs au but, pour éliminer l'Angleterre en quart. Elle n'a eu, ensuite, que quatre jours de repos avant sa demi-finale. Elle garde un oeil sur les problèmes physiques, notamment ceux que pourraient connaître Balotelli qui, face aux Allemands, a quitté la pelouse victime de crampes.
Del Bosque pourrait devenir le second entraîneur, après l'Allemand de l'Ouest Helmut Schön, à remporter successivement une Coupe du monde et un championnat d'Europe.
Il préfère penser au réconfort qu'un succès amènerait à son pays en crise économique.
«Nous sommes fiers de ce que nous sommes en train de faire et, bien sûr, nous espérons accomplir ce que personne n'a pu faire auparavant», a avancé le sélectionneur à l'aspect débonnaire.



